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Rubriques à brac - Trucs à lire
Écrit par Liliane Alarcon le 30-01-2010

Samuel qui rit et Samuel qui pleureL'humour juif, un Art de l'esprit

« Selon les mères juives, un fœtus reste un fœtus jusqu’à ce qu’il installe son propre cabinet médical. »
Une blague extraite du florilège dont le philosophe et sociologue Gérard Rabinovitch illustre son livre « Comment ça va mal ? » Dans cet ouvrage faussement léger et réellement hilarant, l’auteur se livre à une approche historique, philosophique et psychanalytique de cet art de l’esprit qu’on appelle l’humour juif.
Comment ça va mal ? de Gérard RabinovichQuatrième de couverture :
Un prêtre, un pasteur, un rabbin, dissertent du commencement de la vie dans leurs spiritualités respectives.
Le prêtre : « La vie commence à la conception ! »
Le pasteur : « La vie commence à la naissance ! »
Le rabbin : « La vie commence quand les enfants ont leurs diplômes et sont mariés ! »

Joyeux et désenchanté, joyeux parce que désenchanté, l'humour juif est, comme tout art véritable, une forme de pensée, une manière de connaissance.
Dans cet ouvrage, l'auteur, à rebours des clichés et des malentendus fréquents qui mettent en général l'humour juif en posture mortifiée, propose à la confluence de l'histoire, de la philosophie et de la psychanalyse une nouvelle lecture de cet humour.
Riche d'un abondant florilège d'histoires, mettant en scène la vie de couple, la vie religieuse, les illusions politiques et les difficultés de la vie quotidienne, l'ouvrage montre concrètement que l'humour juif, art populaire, fruit d'une culture, est aussi un Art de l'Esprit.

Extrait de l'émission « Cosmopolitaine » du dimanche 17/01/2010.
Il n'y a pas « un » humour juif, il y en a plusieurs, issus de la géographie, de la diaspora, des ghettos, des oppressions. Cet humour juif ne s'exerce presque jamais à l'encontre les autres communautés, c'est toujours envers soi.
A Auschwitz, au Juif pieux qui en cachette le jour de Kippour se laisse emporter par sa ferveur, ses compagnons lui soufflent : plus bas, plus bas, Dieu pourrait s'apercevoir qu'il en reste encore quelques uns.
Voilà ce qu'est l'humour juif : faire face à la réalité de l'existence. Pas de scepticisme, mais la faculté de se moquer de soi.

Mark Twain disait « qu'il y a toujours un lien entre l'humour et le chagrin. »
Ce qui ne signifie pas qu'il faille regarder cet humour du côté de la haine de soi ou dans la politesse du désespoir, selon une formule célèbre d'Oscar Wilde, mais du côté du vivant.

L'humour exige de l'homme qu'il se moque de lui-même pour qu'à l'idole renversée, démasquée, exorcisée ne soit pas immédiatement substituée une autre idole.
Vladimir Jankélévitch, philosophe et musicologue français (1903-1985)

Le sens de l'humour repose sur le fait qu'un homme qui prend conscience que le monde n'est pas lui-même exactement ce qu'il devrait être, ne cède pas à la colère, ne se croit pas lui-même indemne de toutes les laideurs de toutes les vices ou de tous les travers qu'il observe autour de lui.
Erwin Panofsky historien de l'art allemand (1892-1968)

Dans les Ecritures, dès la Genèse figure la dérision. Lorsque Sarah apprend qu'à 90 ans elle va être mère (alors qu'elle est non seulement stérile et ménopausée mais, selon la tradition rabbinique, elle n'a même pas de matrice) elle éclate de rire. Son fils Isaac sera celui qui rira.

Le premier document d'auto-parodie d'humour juif, peut être attribué au XIIe siècle, à un grand poète sépharade Yehuda al-harizi, qui fut le traducteur de l'arabe en hébreu du Guide des égarés, de Maimonide, le plus grand philosophe juif du Moyen Age, un des plus grands philosophes de l'histoire de l'humanité.
Il écrivit un ouvrage en 50 chapitres, « Le Livre de la Sagesse », qui est un ensemble de parodies des textes de la Bible (le Cantique des Cantiques, le Livre d'Esther) s'appuyant sur une forme de rhétorique propre au monde dans lequel il vivait. Il va faire émerger à cette occasion deux personnages clés de toutes les histoires juives : le toupet du mendiant, son arrogance, et la mauvaise affaire (féminine) dans les mariages arrangés.

Humour qui prend en compte un certain nombre de contingences fondamentales, c'est à dire la mort, la santé, le gagne-pain, l'oppression, la femme. Humour machiste peut-on dire, mais n'oublions pas que nous sommes au XIIe siècle, et que ce sont d'abord des histoires d'hommes, que ce sont les hommes qui les racontent d'abord. Les choses changeront au XXe siècle, les femmes étant aujourd'hui productrices d’une masse d'histoires mises au grand jour.
Trois petits exemples :

- Et votre mari ? demande Groucho.
- Il est mort.
Scepticisme de Groucho…
- C'est un prétexte qu'il donne, affirme-t-il.
- Non, non ! Je suis restée près de lui jusqu'à la fin, se défend-elle.
- Pas étonnant qu'il soit mort, réplique Groucho.
- Mais non ! Je le tenais dans mes bras, je l'embrassais, se rappelle avec émotion la femme.
- Ah, ah ! s'écrit Groucho, c'est donc un meurtre !
De Julius Henri « Groucho Marx » (1890-1977)

Savez-vous ce qu'est un homme qui a perdu 80 % de son cerveau ? Un veuf.

Sarah et Abraham sont mariés depuis 40 ans, c'est l'anniversaire de leur mariage, et Sarah dit à Abraham :
- Vraiment tu n'es pas gentil, c'est mon anniversaire et tu ne m'as rien acheté !
- Mais Chérie, lui dit Abraham, je ne savais pas que tu avais quelque chose à vendre.

Pour clore ce chapitre, rions un peu donc en ces temps de morosité et de stagnation. Partageons ces deux blagues juives extraites du livre grave et sensible d’Alain Blottière, « Le tombeau de Tommy », basé sur le martyr de Thomas Elek, de parents Juifs Hongrois immigrés, et membre du groupe Manouchian pendant l'occupation allemande.

C'est la famille Rosenblum qui tente de passer la ligne de démarcation avec de faux papiers. Ils sont contrôlés par un officier allemand qui les observe de la tête aux pieds, l'air méfiant, et demande à voir les papires. M.Rosenblum lui tend les fausses cartes de toute la famille et l'officier les examine...
- Fou fou zappelez Maurice Tubois ?
- Oui, monsieur l'officier.
- Et comment z'appellent fotre femme et fos enfants ?
- Et bien vous voyez, monsieur l'officier, ma femme s'appelle Lucie Dubois, née Martin, et les petits, Robert et Marie Dubois
- Zert gut ... zert gut...et fous n'êtes pas juif , nèze pas ?
- Oh non ! monsieur l'officier, bien sûr que non.
- Alors guelle est votre relichion, monzieur Tubois ?
- Eh bien, nous sommes goy, monsieur l'officier, nous sommes goy !

Moishe et Samuel, deux vieux amis, se promènent dans les rues du ghetto...
- Samuel, dit Moishe, si tu possédais deux Hispano Suiza J12, avec intérieur cuir, tableau en ronce de noyer, poignées en argent, exactement les mêmes, est-ce que tu m'en donnerais une ?
- Naturellement, répond Samuel, tu sais bien, on est allés à l'école ensemble, on a fait le service militaire ensemble, ça fait trente ans qu'on se connaît... Si j'en avais deux, je t'en donnerais une.
- Mais Samuel, dit encore Moishe, si tu possédais deux appartements dans les beaux quartiers, avec un grand salon et quatre chambres, tous les deux avec salle de bains et eau chaude, avec le chauffage central, tu m'en donnerais un ?
- Mais enfin Moishe, bien sûr que je t'en donnerais un, tu as été témoin à mon mariage, je suis le parrain de ton fils, n'est-on pas les meilleurs amis du monde ?
- Mais samuel, dis-moi encore, si tu avais deux poulets...
- Arrête-toi là Moishe ! s'exclame alors Samuel. Tu sais que j'ai deux poulets !
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Dernière mise à jour : ( 10-02-2010 )
 
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