L'inégalité tue. La mortalité précoce est plus forte là où les inégalités de revenu sont les plus marquées. Dans l'administration britannique, la fréquence des maladies cardiaques mortelles peut être trois fois supérieure au bas de la hiérarchie qu'au sommet. Mais on observe en même temps que la mortalité est plus élevée dans les pays développés ou les inégalités de revenu sont les plus fortes et non dans ceux ou le revenu moyen est le plus faible. Au-dessus d’un certain minimum, c’est donc la
pauvreté relative qui est en cause.
Pourquoi sommes-nous si sensibles, non pas tant à la pauvreté dans l'absolu et aux mauvaises conditions matérielles, mais bien à l'inégalité? demande Richard Wilkinson.
Richard Wilkinson est chercheur au Trafford Centre for Medical Research à l'université du Sussex
(G. -B. ).
Des comportements sociaux aux désordres organiques, les enchaînements sont complexes, mais on peut en donner une idée en expliquant que l'inégalité produit en permanence de l'anxiété sociale, une anxiété qui s'apparente au stress, comme le montrent les enquêtes sanitaires et les expériences menées sur des groupes de singes.
Le stress, c'est dans la nature la réaction immédiate de l'organisme à l'agression. Mis en place par l'évolution dès l'origine des vertébrés,
le stress met toutes les fonctions vitales au service du combat
(ou de la fuite). Bouleversement biochimique sans conséquence pour l'organisme s'il est de courte durée, mais néfaste s'il devient chronique.
Loin de tomber dans l’utopie d’une société égalitaire idéale, l’auteur démontre, par une étude rigoureuse et documentée, que des progrès, même minimes, vers davantage d’égalité peuvent avoir une influence appréciable sur la santé.
Ce travail très sérieusement documenté aura une influence profonde sur les débats politiques, dans une Europe qui connaît depuis une ou deux décennies un fort accroissement des inégalités.